CAA : PECS, Makaton ou Coghamo ? Guide pour bien choisir
Votre enfant a des difficultés à communiquer ? Découvrez les 3 principales méthodes de communication alternative (PECS, Makaton, Coghamo) pour faire le bon choix selon ses besoins.
CAA : PECS, Makaton ou Coghamo ? Guide pour bien choisir
Lorsqu'un enfant éprouve des difficultés à s'exprimer verbalement, que ce soit en raison d'un trouble du spectre autistique, d'une dysphasie sévère ou d'un polyhandicap, la Communication Alternative et Améliorée (CAA) ouvre des portes essentielles. Face à la diversité des méthodes disponibles — PECS, Makaton, Coghamo — vous vous sentez peut-être perdu·e. Pas d'inquiétude : cet article vous aide à comprendre les spécificités de chaque approche pour choisir celle qui correspondra le mieux aux besoins de votre enfant.
Qu'est-ce que la Communication Alternative et Améliorée (CAA) ?
La Communication Alternative et Améliorée désigne l'ensemble des moyens permettant à une personne de communiquer lorsque la parole est absente, limitée ou temporairement indisponible. Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), la CAA constitue un droit fondamental pour toute personne présentant des troubles de la communication.
Les bénéfices reconnus de la CAA
Contrairement à une idée reçue tenace, la CAA ne freine pas le développement du langage oral — au contraire ! Les études scientifiques, notamment celles relayées par l'INSERM, démontrent que :
La CAA stimule l'émergence du langage verbal en réduisant la frustration
Elle favorise les interactions sociales et l'inclusion scolaire
Elle diminue les comportements problématiques liés à l'impossibilité de se faire comprendre
Environ 70% des enfants utilisant la CAA développent parallèlement des compétences verbales
CAA avec ou sans aide technique ?
La CAA se décline en deux catégories :
Sans aide technique : gestes, langue des signes, expressions faciales
Avec aide technique : pictogrammes, classeurs de communication, tablettes avec synthèse vocale, tableaux de langage
Les trois méthodes que nous allons explorer utilisent principalement des supports visuels, parfois combinés avec des gestes.
Le PECS : une approche comportementale structurée
Qu'est-ce que le PECS ?
Le Picture Exchange Communication System (PECS) est un programme d'apprentissage de la communication développé aux États-Unis dans les années 1980 par Lori Frost et Andy Bondy. Initialement conçu pour les enfants autistes, il s'adresse aujourd'hui à toute personne présentant des difficultés de communication.
Les 6 phases d'apprentissage du PECS
Le PECS suit une progression structurée en 6 phases :
1. L'échange physique : l'enfant apprend à donner une image pour obtenir l'objet désiré 2. La distance et la persistance : l'enfant se déplace vers le classeur et cherche son interlocuteur 3. La discrimination : l'enfant choisit parmi plusieurs images 4. La structure de phrase : construction de phrases simples ("Je veux" + objet) 5. La réponse à une question : "Qu'est-ce que tu veux ?" 6. Le commentaire : exprimer des observations spontanées
Pour qui le PECS est-il particulièrement adapté ?
Enfants avec TSA (Trouble du Spectre Autistique) ayant peu ou pas de langage verbal
Personnes ayant besoin d'une approche très structurée
Enfants présentant des difficultés d'imitation motrice (car le PECS ne nécessite pas de gestes complexes)
Contextes nécessitant une communication fonctionnelle rapide (demandes)
Points de vigilance
Une formation certifiante pour les professionnels (recommandée par la HAS)
Un investissement en matériel (classeurs, pictogrammes plastifiés)
Une cohérence entre tous les partenaires de communication (famille, école, structures spécialisées)
Le Makaton : langage, signes et pictogrammes combinés
Les fondements du Makaton
Créé dans les années 1970 au Royaume-Uni par Margaret Walker, orthophoniste, le Programme Makaton combine trois canaux de communication :
La parole (toujours présente)
Les signes (issus de la Langue des Signes Française adaptée)
Les pictogrammes (dessins symboliques)
En France, l'Association Avenir Dysphasie et l'AAD Makaton assurent la diffusion de cette méthode reconnue par la HAS depuis 2014.
Le vocabulaire de base Makaton
Le Makaton propose un vocabulaire fonctionnel organisé en 8 niveaux progressifs :
Niveau 1 : besoins essentiels (manger, boire, dormir) - environ 40 concepts
Niveaux 2-8 : enrichissement progressif jusqu'à 450 concepts environ
Vocabulaire personnalisable selon les besoins spécifiques de chaque personne
Les atouts du Makaton
Multimodalité : sollicite simultanément plusieurs canaux sensoriels (visuel, kinesthésique, auditif)
Accompagne la parole : le signe est toujours associé au mot prononcé
Favorise la compréhension et l'expression
Utilisable dès le très jeune âge (bébés signes adaptés)
S'adresse à un large public : TSA, trisomie 21, dysphasie, polyhandicap, troubles cognitifs
Public cible du Makaton
Enfants et adultes avec troubles du développement intellectuel
Personnes avec trisomie 21 (particulièrement efficace)
Enfants dysphasiques sévères
Toute personne pouvant imiter des gestes simples
Contexte familial souhaitant s'impliquer activement (apprentissage des signes)
Le Coghamo : une alternative française récente
Présentation du Coghamo
Le Coghamo (Communication Gestuelle Handicap Moteur) est une méthode française développée spécifiquement pour les personnes en situation de polyhandicap ou présentant des difficultés motrices importantes. Moins connue que PECS ou Makaton, elle mérite pourtant l'attention.
Spécificités du Coghamo
Le Coghamo se distingue par :
Des gestes simplifiés adaptés aux capacités motrices limitées
Une approche personnalisée centrée sur les possibilités physiques de la personne
L'utilisation de codes gestuels minimalistes (parfois un seul doigt, un mouvement oculaire)
L'association systématique geste + pictogramme + parole
Pour qui le Coghamo est-il prioritaire ?
Personnes en situation de polyhandicap
Enfants avec paralysie cérébrale et troubles moteurs sévères
Troubles neuromusculaires limitant la motricité fine
Situations où le PECS (manipulation d'images) et le Makaton (gestes complexes) sont trop exigeants motricité
Limites actuelles
Diffusion limitée en France (formations moins accessibles)
Moins de matériel commercial disponible
Moins d'études scientifiques validant son efficacité (méthode plus récente)
Comment choisir la méthode adaptée à votre enfant ?
Critères de décision essentiels
Le choix d'une méthode de CAA n'est jamais anodin et doit s'appuyer sur une évaluation pluridisciplinaire. Voici les questions à se poser :
Bonne motricité fine → PECS ou Makaton
Motricité limitée → Coghamo ou adaptation du Makaton
Bonnes capacités de discrimination visuelle → PECS efficace
Besoin de multimodalité → Makaton recommandé
Apprentissage progressif par étapes → PECS structuré
Famille investie pouvant apprendre des signes → Makaton
Besoin de communication immédiatement fonctionnelle → PECS
Équipe éducative formée à une méthode spécifique → alignement recommandé
Exprimer des besoins concrets → PECS
Développer interactions sociales riches → Makaton
Adapter à un handicap moteur → Coghamo
Le rôle central de l'orthophoniste
Réaliser un bilan de communication approfondi
Proposer la méthode la plus adaptée au profil de l'enfant
Former la famille et coordonner avec l'équipe éducative
Ajuster la méthode selon l'évolution de l'enfant
Selon les recommandations HAS 2021, l'introduction d'une CAA devrait être précoce et ne jamais attendre "que l'enfant soit prêt".
Peut-on combiner plusieurs méthodes ?
Absolument ! De nombreux orthophonistes adoptent une approche écologique :
PECS pour les demandes fonctionnelles + Makaton pour le vocabulaire social
Makaton comme base + pictogrammes PECS pour structurer l'emploi du temps
Adaptation personnalisée mélangeant plusieurs outils selon les contextes
L'essentiel est la cohérence et la formation de tous les partenaires de communication.
Ressources et matériel pour débuter
Formations recommandées
Formation officielle de 2 jours dispensée par Pyramid Educational Consultants France
Coût : environ 400-500€
Formations organisées par l'AAD Makaton France (niveaux 1 à 3)
Formations de base : 2-3 jours
Coût variable : 300-600€ selon le niveau
Formations organisées par des centres spécialisés (se renseigner auprès des CAMSP/SESSAD)
Matériel de base nécessaire
Classeur de communication rigide
Bandes velcro adhésives
Pictogrammes plastifiés (formats variés)
Images personnalisées des objets familiers
Guide des signes (livre ou application)
Pictogrammes Makaton officiels
Supports visuels pour l'apprentissage
La boutique langageonline.fr propose du matériel adapté pour faciliter la mise en place de ces méthodes : pictogrammes, classeurs de communication, supports visuels structurés et outils pour orthophonistes.
Applications et outils numériques
Plusieurs applications facilitent la CAA au quotidien :
Proloquo2Go : synthèse vocale avec pictogrammes (payante, iOS)
Grid Player : tableau de communication personnalisable (gratuit)
Makaton App : dictionnaire des signes Makaton (payante)
Pictodroid : bibliothèque de pictogrammes ARASAAC (gratuite)
Attention : les outils numériques complètent mais ne remplacent pas l'accompagnement orthophonique.
FAQ : Vos questions sur la CAA
À partir de quel âge peut-on commencer la CAA ?
Il n'y a pas d'âge minimum ! La HAS recommande une introduction précoce dès que des difficultés de communication sont identifiées. Certains parents utilisent des signes Makaton adaptés dès 6-8 mois ("bébé signe"), tandis que le PECS peut débuter vers 18-24 mois. L'essentiel est d'adapter la méthode au stade développemental de l'enfant, pas à son âge chronologique.
Mon enfant risque-t-il de ne jamais parler si j'utilise la CAA ?
Non, c'est un mythe scientifiquement réfuté ! Toutes les études convergent : la CAA favorise l'émergence du langage oral en réduisant la frustration et en stimulant les zones cérébrales du langage. La CAA n'est pas un choix "définitif" mais un outil d'étayage qui évolue avec l'enfant. Beaucoup d'enfants abandonnent progressivement les supports visuels au profit de la parole.
Comment impliquer l'école dans la démarche CAA ?
La collaboration école-famille-thérapeutes est cruciale. Voici les étapes recommandées :
1. Demandez une équipe éducative ou ESS (Équipe de Suivi de Scolarisation) 2. Apportez un compte-rendu de l'orthophoniste expliquant la méthode choisie 3. Proposez une sensibilisation de l'équipe enseignante (parfois l'orthophoniste peut intervenir) 4. Intégrez les outils CAA dans le projet personnalisé de scolarisation (PPS) ou PAI 5. Fournissez du matériel en double pour la maison et l'école 6. Maintenez une communication régulière via le cahier de liaison
Certaines associations proposent des formations gratuites pour les enseignants.
Conclusion : la CAA, un tremplin vers l'autonomie
Choisir entre PECS, Makaton ou Coghamo n'est pas une décision à prendre seul·e. Cette réflexion s'inscrit dans un parcours d'accompagnement pluridisciplinaire où l'orthophoniste joue un rôle central. Retenez que :
Aucune méthode n'est supérieure aux autres de façon absolue
Le meilleur choix est celui qui correspond au profil unique de votre enfant
La CAA est un droit et un outil d'inclusion sociale
L'introduction précoce maximise les bénéfices
La cohérence entre tous les environnements de l'enfant est déterminante
Vous souhaitez équiper votre cabinet ou votre domicile en matériel adapté ? La boutique langageonline.fr vous accompagne avec une sélection de supports de communication, pictogrammes et outils professionnels pour faciliter la mise en place de la CAA au quotidien.
N'oubliez pas : derrière chaque outil, chaque pictogramme, chaque signe, il y a avant tout une relation humaine. La CAA ne remplace pas le lien affectif et l'attention bienveillante — elle les amplifie et leur donne une voix.